Contes et histoires comme outil éducatif, bonne ou mauvaise idée?


Les contes et les histoires font partie intégrante de nos vies. Qu'ils prennent vie au travers de livres, de dessins animés, de films, de récits d'enfance, ils ont depuis des millénaires une place fondamentale dans nos vies d'humains et font partie intégrante de notre éducation.


Si nous associons bien souvent les contes aux monstres et princesses, licornes, mythologie, fées, êtres surnaturels, créatures aux formes sorties tout droit de l'imaginaire, la grande majorité des représentations que nous nous faisons de ces histoires fait intervenir la peur, la méchanceté ou encore le danger. Et pourtant, raconter des histoires, qu'elles soient autobiographiques ou fictives fait partie de notre nature d'humain.

Aujourd'hui encore, les contes et histoires sont utilisés dans de très nombreuses cultures comme outil éducatif, de transmission des valeurs, de passation du passé, de notre histoire familiale ou sociétale. Ils nous relient à notre environnement.


Je me souviens et me souviendrai toujours des histoires que me racontait ma grand-mère le samedi soir, avant que l'on aille se coucher: son enfance, ses souvenirs, ses expériences, sa vie. Comment le petit Jésus en sucre et l'orange qui lui été offerts à Noël la comblaient de joie, les jeux et fous rires avec son cousin qu'elle considérait comme son frère, la première fois qu'elle a mangé un calisson, ses premières vacances, les coups de griffe de son chat Minette etc. Et d'aussi loin que je me souvienne, je pouvais écouter ses histoires des dizaines de fois sans jamais m'en lasser. Aujourd'hui d'ailleurs et bien qu'elle ne soit plus parmi nous, ces moments de vie que je n'ai pourtant pas vécu moi-même sont associés à tous les souvenirs que j'ai d'elle.

Les histoires fascinent toujours, qu'elles fassent rire ou pleurer. Elles nous ancrent dans un système qui a débuté bien avant nous et perdurera bien après nous. De plus, elles font marcher l'imagination. Et les enfants en raffolent!


Les histoires auto-biographiques

Raconter des histoires de notre propre vie, de notre enfance, de nos expériences, de nos ressentis, de la relation avec nos parents et grands-parents, de l'école, des souvenirs que nous avons gardé au travers de nos yeux d'enfant, est toujours fascinant pour nos enfants. Ils apprennent à connaître une partie de nous qu'ils ne connaissent pas, ils nous imaginent enfants, s'identifient à nous. Nous devenons autre chose que des parents, nous avons été dans leur peau, nous avons vécu leurs frustrations, leurs injustices. Cela nous connecte, nous rapproche.

Il est donc primordial de faire appel à ses souvenirs et à ses histories de vie dans le cadre éducatif.

Lorsque notre enfant est énervé contre nous car nous lui avons refusé quelque chose qu'il désirait tant, lui dire que nous le comprenons et que nous aussi, lorsque nous étions petits, avions ressenti cela le jour où notre grand-mère a refusé de nous acheter des chaussures bleues car le pied droit était abîmé et que c'était la dernière paire.

En faisant cela, nous leur montrons qu'ils sont entendus, écoutés, compris et ce d'autant plus que nous avons vécu ce qu'ils vivent et que nous nous souvenons combien cela nous avait marqué. Nous leur communiquons également qu'en tant que parent, il nous est impossible de na pas créer de frustration en eux, mais que nous sommes conscients de ce que cela fait naître. Sans compter que cela aura pour effet de les divertir, de les intéresser à ce que nous leur disons, à ce que nous leur racontons. La communication est alors rétablie et nous n'avons plus qu'à leur raconter cette fameuse histoire de chaussures bleues, encore et encore...


Contes et fables

Mais alors si les histoires autobiographiques ont du bon et sont fondamentales dans l'éducation des enfants, qu'en est-il des contes et fables? Devons-nous leur raconter des histoires de monstres et le cas échéant dans quel but? Celui de la transmission, de l'éducation, de la coopération?


Commençons par le constat suivant: si nous les préservons à la maison des Barbe-Bleu, Grand Méchant Loup et autres sorcières, il y a de fortes chances qu'ils y soient confrontés ailleurs, que ce soit à l'école, à la bibliothèque, à la télé ou encore dans la cour de récré. Et ce, bien malgré nous et en dépit de tous nos efforts.

Alors si la question n'était pas de les y exposer ou non, mais plutôt de leur permettre de se forger leur propre opinion et de leur donner des clés pour interpréter autrement, lire entre les lignes? Le simple fait de leur enseigner que les histoires sont écrites par des personnes, et que par conséquent, elles peuvent être défaites, réinventées, modifiées, repenser, réécrites est un outil extrêmement puissant. Ainsi, un enfant qui a peur d'une histoire racontée en classe par la maitresse peut choir d'imaginer une autre fin, d'autres personnages, un autre contexte. Apprendre aux enfants à trouver ou retrouver du contrôle sur les évènements, sur ce qu'ils entendent, ce qu'on leur dit, ce qu'ils vivent, est un outil précieux à leur transmettre. Ils n'ont plus à subir une histoire qu leur fait peur, ils peuvent se l'approprier. Et ça, ça change tout!


Mais alors, qu'en est-il des histoires que nous leur racontons pour les faire "obéir"? Sont-elles à bannir? Ont-elles un intérêt ou ne représentent-elles pas ni plus ni moins qu'un outil de manipulation?


Raconter une histoire de monstre qui fait peur pour faire naitre l'insécurité et donc faire céder l'enfant est une méthode peu constructive et peu recommandée.

En revanche, raconter une histoire ensemble, la débuter pour susciter l’intérêt puis laisser l'enfant se l'approprier, le faire participer est bien plus intéressant et connectant.


A titre d'exemple, voici l'histoire de notre figuier.

Nous avions dans le jardin un figuier plein de figues vertes, qui murissaient doucement. Mon fils ne pouvait s’empêcher de les cueillir et les jeter par terre, ce qui avait le don de m'exaspérer, d'autant que je n'étais pas capable de l'en dissuader. J'ai alors commencé à lui raconter l'histoire du figuier, qui travaille dur toute l'année pour nous donner de bons fruits l'été. Je lui ai raconté à quel point il était heureux de nous voir cueillir les figues violettes et de les déguster, mais à quel point il était triste et frustré lorsque nous ne le laissions pas travailler en paix. A cet instant précis, non seulement j'avais toute son attention, mais il ne pensait plus du tout à arracher les figues...

Puis je lui ai dit: "Tu crois qu'il pourrait être en colère si nous cueillons ses figues? Et que se passe-t-il quand il est en colère tu crois?"

Finalement, notre figuier s'est retrouvé avec un monstre de la colère tout violet, avec des branches toutes douces qui nous attrapent et nous forcent à manger de la confiture de figues!


En plus de nous avoir permis de transformer un potentiel moment de tension en un moment de partage et de complicité, cela a permis à mon fils de réfléchir à ce que pouvait penser et ressentir les autres, cela a fait marcher son imagination et lui a permis d'apprendre à respecter le figuier. Sans compter le fait qu'il a tellement adoré cette histoire qu'il me l'a demandée des dizaines de fois et ne s'est plus jamais attaqué aux figues!

Nous avons même décliné cette histoire à de multiples autres circonstances: les fruits de la corbeille qui n'aiment pas être croqués puis gâchés, la porte du poulailler qui préfère rester fermée faute de quoi elle est inquiète et se met à trembler etc.


Là encore, il n'y a pas de raison que les monstres soient tous laids et méchants, que les histoires soient figées et que nous devions les subir. Nous pouvons tout enseigner à nos enfants: imaginer, créer, retranscrire, réinventer, faire, défaire, interpréter autrement, réfléchir différemment, écouter autrement etc.


Alors les histoires et les contes ont-ils leur place dans l'éducation des enfants? Et bien oui, à condition qu'ils ne soient pas utilisés pour menacer ou forcer mais bien pour communiquer et se connecter!



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